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« Affaiblir l’audiovisuel public, c’est affaiblir les conditions mêmes du débat démocratique »

TRIBUNE. Alors que l’extrême droite veut privatiser Radio France et France Télévisions, Nathalie Sonnac, spécialiste de l’économie des médias, rappelle, dans une tribune au « Monde », le rôle de levier économique de l’audiovisuel public et propose une réforme ambitieuse.

Marc-Antoine LefebvreMarc-Antoine LefebvreIl y a 10h2 min de lecture
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« Affaiblir l’audiovisuel public, c’est affaiblir les conditions mêmes du débat démocratique »

A l’heure où certains proposent de privatiser l’audiovisuel public, il est essentiel de revenir à une question simple : que fait-il concrètement aujourd’hui – et que se passerait-il s’il disparaissait ?

Chaque jour, le groupe France Télévisions diffuse près de quatre-vingts heures d’information gratuites : journaux nationaux et régionaux, magazines de décryptage, enquêtes, émissions spéciales. En France, la production d’information représente environ 2,9 milliards d’euros, selon une étude conjointe du ministère de la culture et l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). A eux seuls, France Télévisions et Radio France en assurent près d’un tiers, et 44 % de la diffusion totale. L’information n’est pas une activité marginale du service public : elle en constitue le cœur.

Cet effort repose sur un maillage territorial sans équivalent : 24 antennes régionales, neuf antennes ultramarines, 44 radios locales. Là où les logiques publicitaires ne permettent pas toujours aux acteurs privés de se maintenir, le service public garantit une présence continue, sur l’ensemble du territoire.

Il est également un acteur central de la création. Premier financeur du secteur, il soutient une filière encore largement dépendante des commandes des chaînes de télévision. Il offre aussi un accès gratuit à des contenus culturels – théâtre, opéra, spectacle vivant – souvent absents des offres commerciales.

Mais son rôle s’avère aussi démocratique. Le pluralisme suppose que chacun puisse accéder à une diversité de points de vue, à l’abri des intérêts économiques et des pressions politiques. Ici, le téléspectateur n’est pas un client : il est un citoyen. L’European Media Freedom Act, qui insiste sur la nécessité de garantir un service public fort et indépendant, le rappelle d’ailleurs.

Erosion des références communes

Face à cela, les partisans de la privatisation avancent un argument simple : elle permettrait de faire des économies, tout en laissant le marché – chaînes privées, plateformes, réseaux sociaux – assurer le pluralisme. C’est faux.

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Marc-Antoine Lefebvre

Marc-Antoine Lefebvre

Rédacteur en chef adjoint

Spécialiste des nouvelles technologies et de l'urbanisme depuis 15 ans. Ancien correspondant à la Silicon Valley, il explore l'intersection entre le code et le béton.

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