Science

« La protection de la liberté académique ne peut être garantie dans aucun pays »

La stratégie antiscience de l’administration Trump se diffuse à travers le monde, déplore Katrin Kinzelbach, dans un entretien au « Monde ». La spécialiste de politique internationale des droits de l’homme est à l’initiative de l’« indice de liberté académique », dont l’édition 2026 vient de paraître.

Marc-Antoine LefebvreMarc-Antoine LefebvreIl y a 3h2 min de lecture
Partager
« La protection de la liberté académique ne peut être garantie dans aucun pays »
Katrin Kinzelbach, à Tutzing (Allemagne), en mai 2023.

Enseignante à l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg (Allemagne), spécialiste de politique internationale des droits de l’homme, Katrin Kinzelbach est à l’initiative de l’« indice de liberté académique », qui repose sur cinq paramètres suivis dans 179 pays, avec l’aide de 2 357 chercheurs internationaux : liberté de recherche et d’enseignement, liberté d’échange et de diffusion universitaires, liberté d’expression académique et culturelle, autonomie institutionnelle des universités et intégrité des campus. L’édition 2026 a été publiée mardi 17 mars.

Cinquante pays ont connu un fort recul de la liberté académique depuis 2015, dont des démocraties. L’effondrement de la situation aux Etats-Unis crée-t-il un effet domino ?

Katrin Kinzelbach, à Tutzing (Allemagne), en mai 2023.

Les évolutions du secteur académique aux Etats-Unis [où l’indice d’autonomie institutionnelle des universités est passé de 3,3 à 1,7 entre 2019 et 2025] ont des effets de diffusion à l’échelle internationale, compte tenu de leur rôle central dans un système scientifique fortement mondialisé. La stratégie antiscience mise en œuvre par l’administration Trump encourage également des responsables politiques d’autres pays à adopter des positions similaires. Cela étant dit, les causes du recul de la liberté académique ne sont pas uniformes d’un pays à l’autre. Dans certains cas, il s’agit de processus d’autocratisation ou de politiques antipluralistes ; dans d’autres, les préoccupations semblent davantage liées à la marchandisation des universités, qui incite celles-ci à orienter prioritairement leurs ressources vers des disciplines et des projets de recherche économiquement prometteurs. Une telle approche compromet une quête du savoir plus ouverte, fondée sur des critères scientifiques plutôt qu’économiques.

Il vous reste 47.73% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Partager cet article
Marc-Antoine Lefebvre

Marc-Antoine Lefebvre

Rédacteur en chef adjoint

Spécialiste des nouvelles technologies et de l'urbanisme depuis 15 ans. Ancien correspondant à la Silicon Valley, il explore l'intersection entre le code et le béton.

Voir tous ses articles

Réactions (0)

Les derniers articles Science

Les dernières actualités